Berne vole au secours de la convention avec la France
Le Temps
fiscalité mardi 20 août 2013
Yves Petignat
Eveline Widmer-Schlumpf craint un
deuxième échec au parlement après le refus de la Lex USA. La défense de
l’accord sur les successions avec la France s’organise
Eveline Widmer-Schlumpf a senti le
vent du boulet. Après l’échec de la Lex USA devant le parlement, elle n’entend
pas encaisser une nouvelle défaite sans résister, alors que la droite s’agite
et s’énerve en Suisse romande contre la nouvelle convention sur les successions
avec la France. Lundi, le Secrétariat d’Etat aux finances internationales (SFI)
a donc lancé une première offensive médiatique pour remonter le courant. Avec
un message simple: c’est cette convention ou rien, et rien, ce sera pire.
La convention sur les successions de
1953 avec la France était sans doute très profitable à la Suisse. Elle avantageait
surtout les héritiers de riches Français installés en Suisse en leur épargnant
l’imposition française. Mais ce temps-là est révolu. La France fait comme tous
les Etats, elle serre la vis pour taxer de manière égale tous ses résidents. La
Suisse n’a donc plus le choix qu’entre le nouvel accord sur les successions
signé avec la France ou rien du tout, est venu dire lundi, devant une foule
inattendue de journalistes, l’ambassadeur aux questions fiscales Christoph
Schelling.
L’accord en soi est bon, il est préférable
au vide juridique, défend l’ambassadeur. Mais de plus il permet à la Suisse
d’attirer la France à la table de discussion pour négocier des questions
fiscales sur lesquelles la Suisse est demandeuse.
Christoph Schelling réfute
l’argument selon lequel une absence de convention serait préférable à un texte
qui détériore la situation actuelle. Selon lui, le vide conventionnel
engendrera de l’insécurité et se révélera plus défavorable encore. Sans
convention, les héritiers suisses ou français à cheval entre les deux Etats
seront à la merci de l’évolution du droit interne en France. Certains courront
le risque d’être doublement imposés. Il n’existera plus de mécanisme pour
régler les litiges. Enfin les héritiers suisses installés chez nos voisins et qui
recevront des biens d’un parent décédé en Suisse ne bénéficieront plus du délai
de carence de huit ans après leur établissement en France, obtenu par la
Suisse.
Selon
François Bastian, expert fiscal au SFI, cet accord est certes moins avantageux
que la convention de 1953. Mais, à certains égards, notamment pour le délai de
carence, il est plus favorable que celui qui a été conclu entre la France et
l’Allemagne. Surtout, prévient François Bastian, même si les règles de l’OCDE
permettent la taxation dans le pays du décès du légataire, la tendance
internationale va en sens inverse. Le critère de nationalité, qui par exemple
permet dans certains cas d’exempter des héritiers suisses installés en
Allemagne, est abandonné au profit du lieu d’établissement. Face à ceux qui
paient leurs impôts en totalité dans leur pays de résidence, le système actuel
entre la Suisse et la France est discriminatoire.
S’agissant
de la souveraineté fiscale de la Suisse et des cantons, elle n’est pas touchée,
contrairement à ce que dénoncent des députés radicaux de quelques cantons. Le
droit primaire d’imposition revient toujours à l’Etat de résidence du défunt et
à l’Etat de résidence des biens immobiliers. Ce n’est qu’ensuite que l’Etat de
l’héritier, en l’occurrence la France, peut taxer ce dernier, mais en déduisant
de l’impôt français ce qu’il a déjà payé en Suisse. Le fisc suisse ne perd
rien. Si ce n’est qu’il court le risque de voir quelques riches héritages
déserter une terre helvétique devenue moins attractive.
La
Suisse espère aussi qu’à l’occasion de cette convention, on pourra discuter
avec la France d’un certain nombre de dossiers délicats. C’est ce qui a été
convenu et on devrait se voir en automne. Au premier plan, la régularisation du
passé pour les avoirs français dissimulés dans des banques suisses. Certes, il
n’y a pas de garantie que la France, qui a toujours été opposée à tout ce qui
ressemble à une amnistie fiscale, entre en matière, admet Christoph Schelling.
Mais sans accord sur les successions, le partenaire français est clair: pas de
discussion du tout. Or les banques suisses sont inquiètes. Elles craignent que
les autorités judiciaires françaises imitent les Etats-Unis et viennent
chercher noise aux intermédiaires des banques suisses, employés, fiduciaires ou
avocats.
Autre dossier
brûlant sur lequel les Suisses souhaitent discuter: l’imposition au forfait en
Suisse de résidents français. Paris a décidé unilatéralement en décembre
dernier de ne plus reconnaître comme résidents en Suisse la grande majorité de
ses nationaux imposés au forfait majoré et qui ont encore des liens en France.
Du côté suisse, on se veut malgré tout rassurant, estimant que les exilés
français ont des chances de faire valoir leurs droits devant les tribunaux.
Mais la Suisse mise aussi sur un règlement politique du différend.
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