Suisse Avenir

L'extrême droite suisse tente (encore) de freiner l'immigration

Le Point.fr

08/02/2014 à 12:33

 

De notre correspondant à Genève, Ian Hamel

 

Alors que sa croissance économique attire de plus en plus d'étrangers, les Suisses doivent se prononcer dimanche pour ou contre "l'immigration de masse".

L'Union démocratique du centre (UDC), le parti le plus à droite de l'échiquier politique suisse, n'a pas pour habitude de faire dans la dentelle. Pour dénoncer l'arrivée trop massive à son goût des étrangers, la formation politique présentait dans le passé trois gentils moutons blancs expulsant d'un pré bien gras un vilain mouton noir. Pour s'opposer aux naturalisations, elle placardait une photo d'Oussama Ben Laden sur une carte d'identité à croix blanche. Mais pour promouvoir son "initiative" (l'équivalent de notre référendum) contre "l'immigration de masse", l'UDC se contente aujourd'hui d'aligner des chiffres, qu'elle estime suffisamment parlants.

L'UDC part d'un constat : le solde migratoire moyen annuel est d'environ 80 000 nouveaux immigrants par an. Et de lister concrètement ce que cela signifie en termes d'infrastructures : 34 500 logements de plus par an, 72 écoles et 500 enseignants, 380 lits d'hôpitaux et 160 médecins supplémentaires. Des objectifs impossibles à atteindre. Résultat, davantage d'embouteillages sur les routes, des hausses de loyers, du temps d'attente chez le médecin, etc.

Et cela semble fonctionner ! Au début de la campagne, en décembre 2013, le référendum contre "l'immigration de masse" ne recueillait que 35 % des intentions de votes. À quelques semaines du vote, qui a lieu dimanche, les sondages lui en donnaient 43 %.

3,5 % de chômeurs

Dès lors, toute la classe politique suisse, des socialistes à la droite modérée, craint un nouvel "effet minarets". En 2009, les Suisses devaient se prononcer sur l'interdiction d'édifier de nouveaux minarets. Les instituts de sondages pronostiquaient que 34 % des électeurs seulement suivraient le mot d'ordre de l'UDC. Or, dans l'isoloir, 57,5 % ont voté contre la construction. Un an plus tard, les Suisses votaient pour l'expulsion des délinquants étrangers, même ceux qui sont nés dans la Confédération et auteurs de délits mineurs, comme d'avoir perçu indûment des aides sociales.

Cette hostilité vis-à-vis des étrangers est d'autant plus incompréhensible que le pays se porte économiquement bien. Le chômage ne touche que 3,5 % de la population, et la croissance, de 1,9 % en 2013, devrait atteindre 2,1 % en 2014. C'est d'ailleurs en raison de sa bonne santé que la Suisse attire autant d'étrangers. Pour une population de 8,1 millions d'habitants, elle accueille 300 000 Italiens, 290 000 Allemands, 250 000 Portugais et 140 000 Français, sans compter des dizaines de milliers de frontaliers. Dans un restaurant, un hôpital ou sur un chantier, il est rare de croiser une serveuse, une infirmière ou un maçon de nationalité suisse. Le nombre d'étrangers atteint 36,6 % à Genève et 33,8 % à Bâle.

Des Verts xénophobes

Alors que les démocrates-chrétiens se sont prononcés contre l'"initiative" de l'UDC, Christophe Darbellay, le président du parti, reconnaît qu'"un tiers de [son] électorat soutient l'initiative contre l'immigration de masse". Au Tessin, en Suisse italophone, les Verts ont également rejoint l'extrême droite sur ce vote, affirmant que les Italiens accaparaient tous les nouveaux emplois.

Alors que l'Église catholique est restée silencieuse, la Fédération des églises protestantes de Suisse, elle, fait campagne pour le "non", en vertu de l'éthique chrétienne qui doit protéger "l'étranger, la personne vulnérable et en respectant chacune et chacun, êtres humains créés par Dieu". Plus prosaïquement, si le "oui" passait dimanche, cela remettrait en cause les accords de libre circulation que la Confédération a signés avec l'Union européenne en 2002, l'UDC voulant rétablir des quotas. Plus largement, tous les accords bilatéraux - une centaine - signés entre Berne et Bruxelles (portant sur les transports, l'agriculture, l'éducation, etc.) seraient remis en question. Une conséquence d'autant plus délicate que la Suisse - au centre de l'Europe - réalise 70 % de ses échanges commerciaux avec ses voisins.

 



08/02/2014
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