Le chômage inquiète les chefs d’entreprise
Swissinfo.ch
24 janvier 2014 - 17:00
Par Matt Allen
Davos
Pour l’homme de la rue, la reprise économique naissante ne se traduit pas par la création de nouveaux emplois, ni par une amélioration des revenus. Les participants au Forum économique de Davos (WEF) craignent le tic-tac de la véritable bombe à retardement que représente le chômage.
L’an dernier, cinq millions de
personnes supplémentaires sont venues rejoindre les rangs des chômeurs, qui
sont désormais 202 millions à l’échelle mondiale. Dans le même temps, la
prospérité ne profite qu’à quelques-uns. L’ONG Oxfam a ainsi calculé que la
fortune des 85 personnes les plus riches équivalait à celle de la moitié de la
population mondiale.
Le Rapport sur les risques globaux du WEF avait déjà évoqué ce fossé qui se
creuse entre nantis et démunis. Mais si les délégués aisés présents à Davos ont
reconnu le problème, ils sont moins enthousiastes à y trouver une solution,
selon Philip Jennings, secrétaire général de la fédération syndicale
internationale, UNI Global Union, qui a son siège à Genève.
«Les bénéfices de la reprise économique ne sont pas répartis; ils gravitent
autour de l’élite. Les hommes d’affaires ne vont pas ouvrir volontairement leur
portemonnaie», estime le syndicaliste.
Une reprise économique durable ne peut se baser que sur une demande des
consommateurs stimulée par une amélioration des revenus accordés par les
conseils d’administration. Pour y parvenir, le monde des affaires et les
gouvernements doivent collaborer pour que plus de gens aient un travail,
déclare Philip Jennings.
«Cancer de la société»
Avec quelque 74,5 millions de jeunes
âgés de 15 à 24 ans actuellement sans travail, le chômage des jeunes est
particulièrement préoccupant, selon l’Organisation internationale du travail
(OIT).
«Toute une génération qui n’atteint pas son potentiel constitue un énorme
gaspillage qui aura un impact sur l’avenir économique, écrit son directeur
général Guy Ryder sur le site du WEF. Dans certains pays, il est possible que
cela mène à une augmentation des troubles sociaux qui pourraient déborder dans
l’arène politique.»
Le président de la Confédération a pour sa part déclaré aux délégués que le
chômage était un «cancer de la société». «Les coûts humains et sociaux sont
dramatiques», a constaté Didier Burkhalter, mercredi dans son discours
d’ouverture.
L’apprentissage comme solution
Didier Burkhalter a présenté le
système suisse d’apprentissage comme solution possible au chômage des jeunes.
Des experts suisses conseillent déjà l’Inde et la Birmanie pour la mise en
place d’un système similaire et la Suisse accueillera en septembre une réunion
internationale ayant pour thème la formation professionnelle.
Mais un tel système ne peut pas fonctionner dans de nombreux pays, avertit
Klaus Kleinfeld, président directeur général du géant américain de l’aluminium
Alcoa. «Le modèle de l’apprentissage a fonctionné extrêmement bien dans
certains pays, mais il tire ses origines du système des corporations, vieux de
500 ans, a-t-il expliqué. Si vous tentez de le transposer aux Etats-Unis, vous
serez alors confronté au fait que nous n’avons pas cette tradition et qu’elle
n’a pas le soutien du public. Adapter un tel système à une autre région est
beaucoup plus compliqué que ce qu’on pourrait penser au premier abord.»
Klaus Kleinfeld est donc d’avis que des modèles alternatifs de partenariat
entre le monde économique, les écoles et les pouvoirs publics locaux pourraient
également être mis en place pour stimuler le marché de l’emploi dans différents
pays.
Trop éduqués?
Un autre obstacle à la diminution du
chômage provient du fait que trop de diplômés universitaires veulent entrer sur
le marché du travail sans avoir les compétences recherchées par les
entreprises.
Dans le cadre de l’Open Forum – une série de sessions tenues à l’extérieur du
Centre des congrès et ouvertes au public – on a pu entendre le témoignage de
l’Américain Zach Sims, qui a quitté l’université Columbia pour créer, en 2011,
Codeacademy, un site Internet qui enseigne le langage de programmation des
logiciels.
Pour cet entrepreneur, les 200'000 dollars (185'000 francs) nécessaires pour
financer une formation de quatre ans dans les universités américaines présentent
un «faible retour sur investissement», étant donné qu’une fois leur diplôme en
poche, la moitié des étudiants ne trouvent pas de travail ou en prennent un qui
n’aurait pas nécessité de diplôme.
«Nous voyons des diplômes qui ne valent même pas le papier sur lequel ils sont
imprimés, a a-t-il déclaré. La plus grande partie de ce qui est enseigné n’est
pas pertinent. L’éducation a toujours du retard par rapport aux besoins des
employeurs. Il faut que les gens apprennent les choses dont ils ont besoin d’une
autre manière.»
Le décalage entre les employeurs et la main d’œuvre émergente peut aller dans
les deux sens, a pour sa part souligné Muhtar Kend, président directeur général
de Coca-Cola. Alors que les employeurs luttent pour trouver les bonnes compétences,
des jeunes gens recherchent des places de travail différentes de celles
offertes par de nombreuses entreprises.
«La définition du travail va changer dans le monde occidental, prédit le patron
de Coca-Cola. Dans le monde d’aujourd’hui, vous n’avez pas besoin de vous lever
et d’aller sur le lieu de travail pour créer de la valeur. Beaucoup de travail
peut être accompli depuis la maison. Nous devons mieux tirer profit de la
technologie et des réseaux sociaux.»
(Traduction de l'anglais: Olivier Pauchard)
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