Le vote électronique pour plus de démocratie
Swissinfo.ch
Par Olivier Pauchard
15. mars 2013 - 16:49
Les élections battent leur plein pour le renouvellement du Conseil des
Suisses de l’étranger. Parmi les expatriés, certains estiment toutefois que le
mode d’élection n’est pas assez démocratique et représentatif. Consciente du
problème, l’Organisation des Suisses de l’étranger planche sur des solutions.
Samedi à Berne, ce sera la dernière fois que le Conseil des Suisses de
l’étranger (CSE) siègera sous sa composition actuelle. Cet organe – que l’on
qualifie de «parlement de la Cinquième Suisse» – sera renouvelé au terme
d’élections qui s’étalent de janvier à juin 2013.
Le CSE issu de ces élections sera en fonction pour la période 2013-2017. Il
siégera pour la première fois lors du Congrès des Suisses de l’étranger, le 16
août à Davos.
Grogne en France
Les délégués sont élus par les organisations faîtières des associations ou
clubs suisses de l’étranger ou, dans les pays où il n’y en a pas, par des
associations suisses désignées par le CSE. Le processus d’élection varie en
fonction des pays. «Le modèle est très décentralisé. Les organisations
faîtières ou les institutions reconnues procèdent à l’élection conformément à
leur propre statut», indique Rudolf Wyder, directeur de l’Organisation des
Suisses de l’étranger (OSE).
Tout Suisse de l’étranger membre d’une association reconnue peut être candidat
au CSE, mais ne peut pas forcément participer à l’élection des délégués. Selon
les cas, ce sont seulement les personnes présentes à une assemblée générale ou
encore les représentants des différentes organisations au sein d’une
organisation faîtière qui procèdent à l’élection. Cette situation est contestée
par certains expatriés, tout particulièrement en France, le pays qui compte la
plus forte délégation au sein du CSE.
Elle-même candidate au CSE, Anne Bessonnet-Landry est dubitative face au
système pratiqué en France. «Lorsque j’ai présenté ma candidature, j’ignorais
tout de ce qui paraît être une curieuse spécificité française en la matière: un
droit de voter limité aux seuls présidents des associations et clubs suisses de
France. Concrètement, cela signifie que les 12 délégués français au CSE, censés
représenter les 180'000 Suisses de France, ne peuvent en réalité être élus que
par 70 personnes, soit un corps électoral limité à… moins de 0,05%!»
«Depuis ma candidature, de très nombreux compatriotes, qui n’acceptent pas
d’être ainsi dépossédés de leur droit de vote, m’ont saisie de leurs doléances
au sujet du mode de scrutin tel qu’organisé en France», poursuit-elle.
En attendant mieux
Du côté de l’Union des associations suisses de France, on assure
tout faire pour améliorer la situation. «Nous avons déjà fourni un grand
travail pour davantage impliquer les associations, souligne son président
Jean-Michel Begey. Et cela commence à porter ses fruits. Nous avons pour les
prochaines élections 18 candidats pour les 12 sièges disponibles, et 60% de ces
candidats sont des nouveaux. Ce nombre plus important de candidats donne moins
de poids au reproche de cooptation qu’on nous adresse souvent.»
«Par ailleurs, je vais adresser le curriculum vitae des candidats à tous les
présidents des associations un mois avant le vote, ajoute-il. Le choix sera
fait au sein des différents comités. Les présidents ne seront ainsi pas seuls à
décider. Evidemment, l’idéal serait que tous les membres des associations
puissent voter. Nous sommes tout à fait ouverts à cette possibilité. Mais en
attendant, faute de mieux, nous nous débrouillons avec la situation actuelle.
Modèle dépassé
Sur swisscommunity.org, la plateforme d’échange en ligne des
expatriés, bon nombre d’intervenants dénoncent par ailleurs le fait qu’il
faille faire partie d’une association reconnue par l’OSE pour être candidat au
CSE ou pour élire ses délégués.
«C’est vrai qu’il y a un problème de légitimité démocratique, déplore le député
Carlo Sommaruga, membre du Conseil des Suisses de l’étranger et de la
Commission de politique extérieure du Conseil national. La plupart des Suisses
de l’étranger ne font pas partie d’associations. Ce modèle, qui convenait très
bien dans les années 1960 et 1970, est complètement dépassé à une époque où les
expatriés sont de plus en plus mobiles. Beaucoup d’entre eux ne comprennent pas
pourquoi ils devraient faire partie d’une associations de jass, de chant ou
encore de hornuss pour être représentés.»
Pour Rudolf Wyder, déléguer l’organisation des élections aux différentes
associations et organisations nationales présente des avantages. Cela permet
notamment d’être plus proche des réalités du terrain. «Nous sentons toutefois
le besoin d’élargir la base électorale», reconnaît le directeur de l’OSE.
L’idée est donc de s’acheminer vers une procédure d’élection directe via le
vote électronique.
Protection des données
Une possibilité aurait été d’organiser l’élection par le biais
de swisscommunity.org. Mais cette solution est insuffisante, car elle ne permet
pas de vérifier si les électeurs ont réellement le droit de vote ou s’ils ne
votent pas à plusieurs reprises. «En fait, seul l’Etat peut garantir la
validité du vote», déclare Rudolf Wyder.
Par conséquent, il conviendrait de faire voter électroniquement les expatriés
inscrits sur les registres électoraux (quelque 185'000 personnes, soit plus du
quart des Suisses de l’étranger). Cette voie est prometteuse, puisque des
essais de vote électronique sont réalisés avec succès depuis plusieurs années
pour les scrutins fédéraux.
Un projet pilote était d’ailleurs prévu pour les actuelles élections au CSE. Le
Conseil fédéral a cependant exprimé un avis négatif. Répondant à une motion de
la Commission de politique extérieure du Conseil national, qui demandait que
l’OSE puisse avoir électroniquement accès aux expatriés inscrits sur les
registres électoraux, le gouvernement a justifié: «Les données contenues dans
le système peuvent uniquement être traitées à des fins consulaires. La
communication de données personnelles à des tiers du secteur privé, comme
l’OSE, n’est pas prévue et n’est possible, selon la Loi fédérale sur la protection
des données, que si la personne concernée y consent expressément.»
Mais les portes ne sont pas définitivement closes. «Le système étant
probablement appelé à être remplacé en 2015 par un système qui découlera de la
stratégie suisse de cyberadministration, le Conseil fédéral examinera la
faisabilité d’une solution qui permettrait à l’Administration fédérale de
soutenir le vote par voie électronique des délégués au CSE», a précisé le
gouvernement.
L’élection électronique du CSE soulève cependant une question. «Le remplacement
du système indirect actuel par un système direct pose la question du rôle des
clubs et associations suisses à l’étranger, déclare Rudolf Wyder. On peut se
demander ce qu’ils perdraient avec un tel changement». Mais le directeur de
l’OSE se veut confiant: «Nous sommes d’avis qu’ils joueront un rôle important
dans le cadre des campagnes électorales, un rôle plus important
qu’aujourd’hui».
Faut-il être riche?
Les délégués du CSE ont l’obligation de se rendre en Suisse deux
fois par an pour siéger. Mais le défraiement est assez symbolique: une centaine
de francs et le repas offert.
Le coût d’un déplacement en Suisse – surtout pour les délégués venant
d’horizons lointains – peut donc s’avérer être un obstacle. Un forum de
swisscommunity.org pose d’ailleurs clairement la question: «Un délégué du CSE
doit-il être riche?»
«Il est évident que cela peut représenter des frais de déplacement trop
importants pour un délégué qui serait, par exemple, un étudiant ou un jeune
actif en début de carrière», remarque Anne Bessonnet-Landry. Rudolf Wyder
reconnaît pour sa part qu’«il faut avoir du temps et des moyens» pour être
délégué.
Actuellement, plusieurs associations participent aux frais de leurs délégués.
Mais cette pratique pourrait être revue le jour où elles seront moins
directement impliquées dans le processus d’élection. «L’OSE devra trouver un
moyen de participer aux frais, estime son directeur. En effet, instaurer une
élection directe sans abaisser parallèlement le seuil pour pouvoir siéger ne
constituerait pas un gain de démocratie.»
Olivier Pauchard, swissinfo.ch
Conseil des Suisses
de l’étranger
Le Conseil des Suisses de l’étranger (CSE) compte 140 membres: 120
délégués des communautés suisses à l’étranger et 20 représentants résidant en
Suisse.
Ces 20 «Suisses de l’intérieur» sont des représentants
du monde politique et de différents secteurs importants pour
les Suisses de l’étranger (économie, médias, culture, etc.). Ils sont élus par
le CSE sur proposition du Comité de l’Organisation des Suisses de l’étranger.
Les 120 délégués de l’étranger représentent les Suisses de l’étranger. Les
sièges sont répartis en
fonction du poids démographique des différentes communautés
suisses expatriées. Au niveau des continents, l’Europe compte 60 délégués, les
Amériques 30, l’Afrique 8, l’Asie 16 et l’Océanie 6.
Au niveau des pays, c’est
la France qui compte le plus de délégués (12). Les autres pays
les mieux dotés sont l’Allemagne (8 délégués), les Etats-Unis (8), l’Italie (6)
et le Canada (5). Tous les autres pays comptent moins de 5 délégués.
Structure de l’OSE
L’Organisation des Suisses de l’étranger s’appuie sur quelque
750 sociétés et institutions suisses dans le monde. Elle est l’organe
représentatif de défense des intérêts de la Cinquième Suisse.
Le Conseil des
Suisses de l’étranger est l’organe suprême de l’organisation.
Il est souvent qualifié de «Parlement de la Cinquième Suisse».
Le président de l'Organisation des Suisses de l'étranger et huit autres membres
du Conseil des Suisses de l'étranger constituent le Comité des Suisses de l’étranger.
Celui-ci prépare les travaux du CSE et représente l'organisation vis-à-vis de
l'extérieur.
Le Secrétariat des
Suisses de l'étranger est l'état-major et l'organe exécutif de
l'Organisation des Suisses de l'étranger. Une équipe de 24 collaborateurs
fournit les nombreuses prestations de services mises à la disposition de tous
les Suisses de l'étranger.
La 5e Suisse en chiffres
http://www.swissinfo.ch/fre/societe/La_5e_Suisse_en_chiffres.html?cid=34804708
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