Suisse : les fraudeurs ferment leurs comptes et louent des coffres
Le Point.fr - Publié le 20/10/2013 à
09:19
Depuis que Berne se déclare prête pour la
collaboration fiscale, certains clients des banques
ont trouvé une astucieuse solution de recours.
De notre
correspondant à Genève, Ian Hamel
La société
Safes Fidelity, installée place de Chevelu, à deux pas du Rhône, à Genève,
décline ses prestations sur son site internet (*). Elle loue des coffres allant
de 60 à 1 800 millimètres, que vous habitiez en Suisse ou à l'étranger. Il n'y
a pas d'obligation d'ouvrir un compte, et, surtout, le client de Safes Fidelity
bénéficie "des conditions privilégiées sur les opérations de change des
principales monnaies auprès de notre partenaire Change Rousseau, situé dans les
mêmes locaux".
Seules restrictions, ne pas y entreposer de produits
dangereux, des armes ou de la drogue. Cette discrète société travaille en
parfaite légalité. Mais, depuis quelques jours, elle accueille un nombre
inhabituel de clients. Exactement depuis qu'Eveline
Widmer-Schlumpf, la ministre des Finances, a annoncé, le 9 octobre,
que la Suisse allait signer la convention de l'OCDE (Organisation de
coopération et de développement économique) sur l'entraide administrative en
matière fiscale.
Échanges automatiques et spontanés
Certes,
depuis 2009, la Confédération applique déjà l'échange d'informations bancaires
en cas de demande d'un autre État, mais c'est souvent laborieux. À présent,
Berne accepte le principe d'échanges "automatiques" et
"spontanés". "Les discussions stratégiques se résument à savoir
comment s'adapter et non pas à savoir si on est d'accord ou non !"
reconnaît la ministre.
Une
transparence qui n'est ni du goût de l'extrême droite ("on se couche avant
même qu'on nous le demande", lâche l'Union démocratique du centre), ni de
celui des établissements financiers. Encore moins de leurs nombreux clients en
délicatesse avec le fisc. Certes, ils peuvent toujours louer dans leurs banques
des coffres-forts au contenu tenu secret. Seul problème, un coffre doit être
adossé à un compte bancaire.
Safes Fidelity, une société discrète
Mieux vaut
donc fermer son compte, retirer l'argent en liquide et le déposer dans une
société non bancaire. Celle-ci n'a pas d'obligation de coopérer avec les fiscs
étrangers. C'est une faille dans la convention que la Suisse s'apprête à
signer. Safes Fidelity ne fait donc rien d'illégal, mais préfère rester
discrète. Contactée le 10 octobre par Le Point.fr, elle nous a demandé de lui
adresser nos questions par courriel. Malgré une relance cette semaine, la
loueuse de coffres-forts ne nous a pas répondu.
Patrick
Dorner, directeur de l'Association suisse des gérants de fortune, minimise
cette ruée vers les coffres-forts privés. "En général, les personnes qui
procèdent ainsi se montrent discrètes. Je sais simplement que les Ports francs
de Genève n'ont plus de coffres à proposer et que les listes d'attente
s'allongent. Néanmoins, je pense qu'une bonne partie de la clientèle préférera
finalement régulariser sa situation, surtout si le fisc français ne la pénalise
que de 30-35 % de ses avoirs."
(*)
www.safes.ch
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