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Suisse : mais qui a voté « contre une immigration de masse » et pourquoi ?

Rue89.nouvelobs.com

12/02/2014 à 12h41

 

Jacques Pezet

 

Dimanche 9 février, les Suisses ont approuvé à 50,3% l’initiative Contre une immigration de masse de l’Union démocratique du centre (UDC). Un résultat extrêmement serré avec seulement 19 519 voix d’avance pour le « oui ».

 

1 Qui a voté en faveur de la proposition de l’UDC ?

A l’aide des nombreuses statistiques mise en ligne par RTS Info et par l’Office fédéral de la statistique suisse, on peut désormais définir un profil type du votant anti-immigration :

  • il ne vit pas en Suisse romande (en gros, francophone) où tous les cantons ont rejeté la proposition. C’est la Suisse italienne qui a approuvé majoritairement (68% des votants) le projet ;
  • ni en zone urbaine :
  • dans son canton, la part d’étrangers et de travailleurs frontaliers est inférieure à la moyenne nationale ;
  • son niveau d’études est inférieur à la moyenne suisse.

 

http://rue89.nouvelobs.com/sites/news/files/assets/image/2014/02/immigrationdemassevotation_0.jpg

 

Une corrélation entre le taux d’étrangers et le vote ? (Martin Grandjean/CC)

La Suisse romande est-elle pro-européenne ?

Pour le politicologue et historien Claude Longchamp :

« La Suisse romande a toujours voté pro-européen. La différence lors des derniers référendums était déjà de près de 8%.

Le discours populiste de l’Union démocratique du centre peine à trouver un écho dans les médias francophones. »

Qu’est-ce qui caractérise les cantons du Tessin, du Schwytz et d’Appenzell Rhodes-Intérieures où la proposition a eu des résultats records (plus de 60%) ?

« Le Tessin s’est toujours opposé lors des référendums à l’accord bilatéral et à la libre circulation des personnes. Ça n’a rien de nouveau. C’est surtout lié à la problématique frontalière, qui va au-delà des partis

En ce qui concerne le Schwyz et l’Appenzell, ce sont des cantons très conservateurs avec un fort ancrage UDC. »

 

2 Pourquoi les Suisses ne veulent-ils plus de l’immigration ?

Lundi, on pouvait lire dans le Monde que ce vote était « une réaction identitaire » non pas contre l’Europe mais contre les immigrés.

Défendre une certaine idée de la Suisse

Ce concept d’identité suisse a été largement défendu par l’UDC pendant sa campagne pour le « oui » ; et ce, sans utiliser d’arguments islamophobes – ce qui est étonnant de la part d’un parti qui avait réussi à interdire l’implantation de minarets en 2007.

La Suisse, qui a été défendue ce dimanche, c’est une Suisse proche de la nature, de ses vaches et de ses chalets, qui refuse d’être « envahie » et qui tient à sa tranquillité.

Pour l’Union démocratique du centre, lutter contre l’immigration revient à :

  • lutter contre « le phénomène du tourisme de la délinquance venu notamment des banlieues françaises » ;

  • défendre le « bien de nos enfants, de nos institutions sociales et de notre environnement » ;

  • « préserver nos espaces verts » ;

  • « confirmer le refus du 6 décembre 1992 de ne pas rentrer dans l’Europe ».

    Le débat sur la qualité de vie n’est pas l’apanage unique du parti populiste et c’est aussi pour cela qu’il a été largement couvert par les médias suisses.

    Néanmoins, l’UDC n’a reçu aucun soutien de la part des autres partis « contre l’immigration de masse ».

     

    3 Qui sont les immigrés en Suisse ?

    Qui sont les immigrés en Suisse ?

    La population suisse est constituée de 23% de ressortissants étrangers (1,87 million sur 8 millions d’habitants), un chiffre qui augmente de 0,8% chaque année et permis par l’accord sur la libre circulation des personnes [PDF], en vigueur depuis 2002.

    En 2013, le solde migratoire était de 84 000 personnes.

    Une immigration européenne

    L’immigration en Suisse est principalement européenne (85%) et issue des 27 Etats membres de l’UE (60%) avec en tête l’Italie, ex-æquo avec l’Allemagne (15%) et le Portugal (12,7%).

    La France (5,6%) représente le quatrième pays avec le plus de résidents et fait presque autant que tout le continent asiatique (6%) et plus que l’Afrique (4%) ou l’Amérique (4%).

     

    4 Que représente l’Union démocratique du centre en Suisse ?

    Avec 54 députés au Conseil national, l’UDC est le premier parti politique en Suisse, mais assez seul là-bas. Il représente 26,6% de la population.

    Mais il sait polariser le débat en avançant des thèmes polémiques comme l’interdiction des minarets ou le renvoi des criminels étrangers en 2010.

     

    5 Quelles conséquences pour l’Union européenne ?

    Les premières victimes devraient être les 277 356 travailleurs frontaliers (dont 145 393 Français), visés directement par la mise en place de quotas.

    En renégociant l’accord de libre circulation avec l’Union européenne, la Suisse s’est attaquée aux six autres accords (marchés publics, agriculture, recherche, transports terrestres et aériens, simplification de l’examen de la conformité des produits) inclus dans le traité bilatéral de 1999.

    Ainsi, dès lundi, l’Union européenne a stoppé les négociations sur un accord d’échange d’électricité avec la Suisse. Une décision que regrette le quotidien allemand die Welt qui y voit « une mise en péril de la transition énergétique allemande, encore dépendante des montagnes suisses ».

    A quelques mois des élections européennes, les Suisses ont bouleversé les inquiétudes européennes : désormais, le mistigri n’est plus la monnaie unique, mais la libre circulation.

     



12/02/2014
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